Ne perdez plus le fil grâce à nos articles

Nous décortiquons les meilleures pratiques pour vous !

Le blog des réseaux sociaux, de l'internet et de la mobilité.

Pour ne rien manquer, abonnez vous à notre flux RSS ou à notre Newsletter.

Flux RSS : Souscrire

  • Frank

    Internet est il vraiment responsable de la désertification des centres villes ?

    Classé dans Blog,e-commerce

    Frank Peirone


    Alors que le Sénat a proposé récemment de taxer les e-commerçants pour apporter une solution au commerce des villes et villages, on peut se poser des questions quant à l’origine de cette désertification de nos centres villes.

    Les echos titrent « Pour lutter contre la dévitalisation des centres-villes, il faut baisser la fiscalité locale sur le commerce de proximité et, parallèlement, faire participer les entreprises d'e-commerce de livraison à l'entretien des espaces publics » Sérieusement? Mais c’est quoi un commerce de proximité ? Une commerce à côté de mon logement en banlieue n’est il pas un commerce de proximité ? On baisse donc la fiscalité sur l’ensemble des commerces ? Faire payer les entreprises d’e-commerce pour quoi faire ? Pour apporter encore et toujours des taxes pour éponger les désastreuses politiques successives  ?

    Il faudrait peut être se pencher sur les raisons de la désertification des villes au lieu de préparer un leurre et d'accuser internet de tous les maux. Des raisons bien nombreuses :
    - la spéculation immobilière dans les hyper centres
    - l’accélération du développement des centres commerciaux en périphérie par les communes elles-mêmes, pour engranger de nouveaux revenus.
    - Le prix des loyers poussant les habitants et les commerçants à aller de plus en plus loin des centres
    - L’inadaptation des commerces aux nouveaux modes de consommation
    - L’augmentation exponentielle des tarifs du stationnement
    - Les transports en commun non adaptés

    « Qui sème le vent..récolte la tempête »

    Taxer les consommateurs qui passent par e-commerçants livrant à domicile est une erreur, cela enlèvera toute possibilité aux PME locales de se développer sur internet.
    La proposition de taxer la livraison au domicile et de favoriser la livraison en points relais est une ineptie. Cela ressemble à une forme d’impôtni plus ni moins. Nos sénateurs sont ils vraiment issus de la population ? S’il n’existe pas de point relais proche de chez nous, comme dans la majorité des campagnes, croyez-vous sincèrement que le fait de taxer la livraison de colis à domicile va dissuader le client d’acheter sur internet ?  Le client est il prêt à payer des carburants toujours plus chers, à s’acquitter du prix du parking toujours plus élevé et à risquer de perdre du temps dans la circulation pour se rendre dans un relais ou dans un commerce au centre-ville ? Non, bien sûr. 

    Internet est il vraiment seul responsable de cette situation ?

    Internet devient le nouveau bouc-émissaire. La politique de l'autruche; si le centre-ville se désertifie ce n’est pas ma faute mais celle des autres. Le problème ne vient pas du fait qu’internet détourne les clients, le problème vient d’une somme de facteurs : la pression spéculative qui éloigne les consommateurs et pénalise les commerçants, l’inadaptation du service client aux nouvelles façons de consommer, le manque de choix, le manque d'information...

    Il est de plus en plus difficile pour une entreprise, un commerce, un service de pourvoir s’installer dans le centre car les loyers sont de plus en plus chers que ce soit dans une petite ou une grande agglomération. Il est extrêmement risqué de payer un loyer élevé sans être sûr d’avoir une fréquentation suffisante. Un politique favorisant un loyer acceptable permettrait aux commerces de sécuriser leur présence .
    Pourquoi certains propriétaires préfèrent-ils laisser leur local vacant plutôt que de les louer à prix raisonnable pour redynamiser un quartier ? Pourquoi la recette fonctionne dans des zones rurales quand la mairie décide de prendre le taureau par les cornes avec du bâti communal ? Le rôle de nos gouvernements est d’empêcher la spéculation plutôt que d’aller rajouter des taxes pour masquer une incapacité à agir sur le terrain.

    E Commerce

    Le stationnement est un problème qui amplifie le phénomène, il est ni à l’avantage du commerçant ni du client. La récente loi sur le stationnement a fait exploser les prix des parkings qui deviennent une vraie manne financière pour une commune et une vraie frustration pour le consommateur. Beaucoup de villes, même les plus petites, ne disposent même pas d’un temps de stationnement gratuit permettant de courts arrêts. Les clients privilégient alors les zones commerciales périphériques installées par ces mêmes communes où le stationnement est gratuit.

    Le trafic automobile ajoute un niveau de stress. Encore trop peu de communes, d'autant plus dans les zones rurales, ont vraiment développé une politique de transports en commun viable et pratique pour atteindre à toute heure, rapidement et confortablement un centre historique. Ne faut il pas réfléchir à des transports gratuits, rapides et adaptés pour doper la mobilité ? 

    Du coup, le phénomène de désertification touchent désormais aussi les centres commerciaux des hyper-centres dans les grandes villes: loyers prohibitifs, parkings hors de prix, engorgement...des centres construits il y a 5 ans ont perdu la moitié de leurs magasins et même quand il s’agit d’enseignes nationales. 

    Centre Commercial

    Mais alors quels sont les avantages pour un client d’aller faire ses achats au centre ville ?

    Actuellement difficile de trouver des avantages sauf pour les personnes qui habitent dans les hyper centres. 

    Dans certaines villes, la population autrefois populaire devenue plus bourgeoise avec l’augmentation du m2 n’a pas empêché la fermeture de nombreux commerces...donc le problème en somme n’est pas que le prix. Et force est de constater que les places de marchés géantes sur internet ne sont pas toujours meilleur marché. Alors, n’y a t-il pas un parfum de service clients dans tout ça ?

    Comment contraindre quelqu’un qui habite en périphérie de faire ses achats en centre ville alors que la politique a été pendant des années d’amener des commerces et des services au plus près des zones d’habitation ? 

    Comment convaincre les personnes qui habitent en centre ville de consommer dans les commerces à proximité plutôt que de cliquer sur un achat en ligne alors que ce qu’il recherche ne se trouve pas dans ces commerces ? Il est toujours plus facile de se faire livrer un réfrigérateur chez soi que d’aller le chercher, non ? Cette proposition de loi devrait alors prévoir de taxer également les grandes surfaces en périphérie qui proposent l’achat en ligne et la livraison à domicile. 

    Quelles sont les solutions ?

    Dynamiser les centres-villes passe par une politique radicalement différente en matière de stationnement, de loyers, de transports et d'accompagnement sur internet. En effet, si les communes veulent doper la fréquentation de leurs centres, rien ne sert de taxer les e-commerçants pour se trouver une excuse ; Il faut favoriser l’installation des entreprises pour amener de la diversité au lieu d’accentuer la spéculation financière sur les loyers. Il faut également privilégier la politique de transports en permettant à la clientèle de se rendre facilement à toute heure en centre ville et permettre à ceux qui font une courte halte de stationner facilement pour favoriser la consommation. Le disque d'antan modernisé ne serait il pas une solution ? Il est fort à parier que le client n’hésitera pas à se balader dans le centre plutôt que les centres commerciaux si l’accès y est facilité.

    Commerce De Proximité

    De leur côté, les commerçants doivent absolument utiliser les mêmes armes que les grands groupes pour continuer à s’adapter à leur clientèle. Le consommateur des années 2020, n’est pas celui des années 90. Ne pas s’adapter à la clientèle c’est leur fermer la porte. Communiquer sur les réseaux sociaux, ouvrir la porte de son commerce aux consomm’acteurs, faciliter l’information sur internet, s’adapter aux nouveaux modes de consommation... Comment tirer partie 24h sur 24h d'une présence sur les réseaux sociaux ou sur un site internet, ne serait-ce que pour se signaler, garder un lien avec ses clients, conquérir des consommateurs en montrant son expertise et en le rassurant sur son service client.

    Pourquoi des géants comme Ikea, la Fnac, Amazon, Décathlon commencent-ils à investir les centre-villes ? Hormis le fait qu'ils soient les seuls à pourvoir s’acquitter de loyers élevés, ils amènent des services extrêmement efficaces à la clientèle en proposant par exemple le retrait gratuit de ses achats en centre ville au sein de leurs propres points de vente. Effectivement rien de plus pratique pour un consommateur urbain de commander sur la plateforme en ligne et de récupérer ses achats au sein du magasin le plus proche.

    Les e-commerçants commencent à apporter dans des centres urbains importants une réponse à un besoin, afin de contourner les problèmes des transports, du stationnement et de la circulation pour ceux qui habitent en ville. Au final c'est bien l'entreprise qui s'adapte aux consommateurs et non l'inverse. Ne forçons pas le consommateur à avoir un comportement qu'il n'aura pas de toute façon.

    Pourquoi les commerçants historiques ne feraient ils pas de même ? Amener un service client performant est redoutable et lorsque le commerce local se donne la peine d’utiliser les mêmes armes que les géants du commerce en ligne, il peut trouver la bonne recette pour ramener des clients dans son magasin. Si les grands groupes s’installent dans les centre villes, c’est que la bataille se jouent à présent en local et qui mieux que des locaux connaissent le terrain ?

    On ne saurait répéter que le dynamisme des commerces en centre-ville passe par une volonté de la commune de faciliter la consommation, et une volonté des commerçants de s'adapter au client d'aujourd'hui. Taxer les e-commerçants ne fera qu'aggraver encore un peu plus une situation où les volontés locales sont les seules réponses.